PEINTURE / SHANGHAI – 2
2019 – 2021
THE QUEST AND THE FINDING – 1.0
Peinture – acrylique sur toile (lin)
Diamètre : 230 cm / 91 pouces
Cette peinture a été réalisée à l’acrylique et au médium sur une toile de lin de 10 oz, préalablement tendue sur un châssis de bois de 230 cm (91 pouces) de diamètre.
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Lorsqu’on découvre ce tableau pour la première fois, on perçoit d’abord sa taille relativement grande et sa forme ronde. D’emblée, cette forme ronde rompt avec le format quadrangulaire, conventionnel et traditionnel, du tableau – la fameuse « fenêtre sur le monde ». Simultanément s’impose l’impact inévitable de la trinité contrastée et concentrique des anneaux : noir, rouge, multicolore.
Je crois que ces trois caractéristiques de l’œuvre (grand format, forme ronde, anneaux contrastés et concentriques) sont appréhendées ensemble, d’un seul coup.
Puis… la « quête » commence : l’habituel « Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Cette question peut toutefois être un piège. C’est généralement ce premier pas qui pousse notre regard et notre esprit à chercher le sens ailleurs que là, juste devant nous : sur le tableau lui-même, là où se trouve véritablement la « trouvaille ».
La question « Qu’est-ce que ça veut dire ? » lance notre imagination intuitive sur la piste d’associations personnelles et relatives, pour lesquelles le tableau ne devient plus qu’une surface de suggestions et de prétextes. Nous bâtissons des histoires et des récits qui transforment le tableau en apparition fantasmatique, sinon en pure illusion. En général, la nature intuitive de la question « Qu’est-ce que ça veut dire ? » nous égare : elle nous pousse à construire des fables, simples ou élaborées, pour nous rassurer devant la rencontre soudaine d’un objet ou d’un phénomène nouveau ou inconnu – en l’occurrence, un tableau abstrait.
Cette évasion imaginaire peut être un exercice intéressant – il n’y a fondamentalement rien de mal à cette réponse intuitive devant la nature apparemment énigmatique de l’objet nouveau qu’est le tableau. C’est d’ailleurs un réflexe automatique, partagé par la majorité des spectateurs.
Sauf qu’elle nous éloigne de la vérité – la vérité de ce qui est là, juste devant nous, offert à nos yeux pour voir, suivre du regard, découvrir, ressentir et exprimer, décrire.
« Ce que vous voyez est ce que vous voyez », disait l’artiste Frank Stella en 1966 ; et Ad Reinhardt, en 1962 : « L’art est l’art-en-tant-qu’art, et tout le reste est tout le reste. »
C’est une erreur de croire que les artistes créent l’art abstrait pour « stimuler » notre imagination, afin qu’elle produise toutes sortes d’histoires inventées à partir des coups de pinceau, des traces, des couleurs, des textures et des formes peintes sur la toile.
Les artistes ont découvert et inventé l’art abstrait à partir de la figuration traditionnelle, après l’arrivée révolutionnaire de la photographie au milieu du XIXe siècle.
Cette « découverte » s’est faite progressivement, déclenchée par la crise existentielle que la photographie a provoquée chez les artistes. On oublie l’angoisse terrible qu’ils ont ressentie en comprenant que la photographie pouvait faire bien mieux ce qu’ils s’efforçaient péniblement de faire : représenter le monde et son histoire – ce que la peinture faisait depuis la nuit des temps.
C’est en affrontant cette dure réalité que les artistes, travaillant leur médium et interrogeant les fondements mêmes de leur pratique, ont lentement et laborieusement découvert les caractéristiques uniques et exclusives de ce qu’est vraiment la peinture : un médium de couleur, de texture et de forme appliqué sur une surface donnée.
Je reviendrai une autre fois sur la longue histoire de la révolution épique qu’a produite l’art abstrait, des débuts de l’impressionnisme jusqu’à l’apogée magnifique de l’expressionnisme abstrait, au milieu du XXe siècle.
Pour l’instant, revenons à notre tableau.
Commençons la « quête ».
« Ce que vous voyez est ce que vous voyez » – alors, regardons.
Regardons ce que nous voyons. Et essayons de ne regarder que ce que nous voyons, c’est-à-dire ce qui est vraiment là, sur la toile, puisque… « tout le reste est tout le reste ».
Si nous voulons connaître la vérité d’un tableau, il faut regarder aussi exclusivement que possible ce que nous voyons. La meilleure façon de découvrir et de recevoir tout le potentiel et toute la puissance qu’un tableau peut offrir, c’est de le regarder tel qu’il est, et non tel qu’il apparaît à notre imagination.
Bien sûr, il est impossible d’être complètement objectif, comme c’est d’ailleurs le cas en science pure ou appliquée. La physique quantique nous a en effet montré que la réalité elle-même est influencée par notre façon de la regarder.
Reste que, pour comprendre un phénomène, analyser une situation ou simplement trouver la vérité sur quelque chose, nous savons que nos chances sont meilleures si nous écartons le plus possible les idées préconçues, l’idéologie ou l’imagination personnelle de notre regard sur l’objet de notre recherche ou de notre contemplation.
C’est aussi la meilleure façon d’observer, de découvrir et de savourer la puissance créatrice de la peinture.
Alors, que voyons-nous…
Pour moi, la forme ronde est déjà intrigante. Elle est non conventionnelle, à l’opposé du format rectangulaire traditionnel de la grande majorité des tableaux. Il y a quelque chose d’excitant dans la transgression d’une norme séculaire. Il y a là une affirmation d’individualité, de choix – l’ouverture d’une autre voie possible, différente. J’aime ça. C’est là, très physique : le carré contre l’option du rond.
Puis les anneaux concentriques démultiplient l’impact de la forme ronde de la toile. Ils renforcent l’affirmation de son individualité propre. De plus, le fort contraste de couleur entre les anneaux accroît et consolide la concentration de l’attention sur cette affirmation d’individualité.
Ensuite, la texture de la surface captive mon attention. Il y a presque une réaction organique ; mon ventre s’en mêle ; ma respiration s’accélère à mesure que mes yeux découvrent de plus près la peau sanglante de cette surface rouge, fissurée et gercée, peinte au grand couteau.
Je ne devrais pas dire « peau sanglante », puisque c’est une métaphore créée par mon imagination, qui dès lors entre en jeu. Bien sûr, il n’y a pas de « peau sanglante ». Je devrais m’en tenir à ce qui est vraiment là : l’épaisse peinture rouge appliquée en plusieurs couches de transparence, de telle sorte que je vois tout un univers d’actions et de couleurs sous le rouge épais et texturé. Ce dessous en partie caché captive maintenant mon regard, qui erre sur la surface brillante et accidentée. Allant d’une zone à l’autre sur la topographie texturée du grand anneau rouge médian, j’atteins, vers le centre de l’œuvre, une arête franche et contrastée qui s’ouvre aussi sur le cœur noir du tableau. La limite entre le grand anneau rouge et le centre noir est nette et précise. Pourtant, je vois encore un peu du fond rouge sous la texture noire qui recouvre le centre. Cela me fait ressentir une sorte d’unité organique de l’ensemble, même si les trois anneaux sont clairement distincts et séparés. Et le contraste fort et délibéré entre le rouge et le noir renforce l’effet d’affirmation du centre : l’affirmation d’une réalité individuelle indéniable.
Mon attention est hypnotisée par l’intensité énigmatique du centre noir. Difficile de ne pas y voir une ouverture sur l’infini, comme la pupille noire d’un œil dont on s’approche de plus en plus, jusqu’à ce que la personnalité de celui qui regarde disparaisse dans son être intérieur indéfini.
J’en conviens, je laisse ici mon imagination prendre le dessus. La réalité vraie de ce qui est réellement là est toujours plus difficile à saisir ou à reconnaître que ce que notre imagination peut facilement projeter et construire.
Si je reste à la surface de la toile, si je reste sur le tableau qui est là devant moi, si j’évite de quitter ce tableau pour le chant des sirènes et l’attrait séduisant de mon imagination, si j’accepte le défi de la vérité qui n’est que là, devant moi – alors, et alors seulement, je peux découvrir la puissante réalité du tableau.
Après l’attraction puissante du centre noir, si affirmatif dans son contraste avec le magma rouge qui l’entoure, je m’aperçois que l’anneau extérieur a une dynamique tout autre. C’est une multiplication foisonnante de couleurs et de courbes, de coulures et de gouttes, de coups de pinceau et de traces libres de toutes sortes, manifestement exécutés en tournant intensément autour de la toile. La diversité de ces traces colorées amène mon regard à scruter de plus près leur nombre infini, qui forme une surface riche et vibrante, somptueuse de profondeur et de texture grâce aux multiples couches visibles de bleus et de verts transparents appliqués successivement.
Ici encore, le contraste de cet anneau extérieur avec les deux autres est évident. Il y a une légèreté dans l’exécution libre de sa composition, une liberté totale qui joue dans le désordre – et pourtant, un ordre organique rend le tout vivant. D’autant plus vivant qu’on voit de près que cet anneau extérieur couvre en fait tout le dessous du tableau, sur lequel l’épais anneau rouge texturé a été appliqué au grand couteau, puis le cœur noir, au centre, appliqué à son tour sur le magma rouge.
Je ne fais que commencer l’aventure. Je sais que si je reste fidèle à ce qu’il est, le tableau continuera de révéler sa puissance créatrice aussi longtemps que je lui porterai attention, aussi longtemps que je le regarderai et l’écouterai.
Tout est là.
Je n’ai pas besoin d’aller ailleurs qu’ici même, sur le corps de ce tableau : errer sur sa peau, m’aventurer dans la Quête et recueillir les Trouvailles.
C.L.
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Cerj Lalonde est représenté à Miami, Dallas et Los Angeles par Markowicz Fine Art :
https://markowiczfineart.com/search/?search=cerj+lalonde
et à Shanghai par CoSpace Gallery :
artsy.com : https://www.artsy.net/artist/cerj-lalonde
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